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methaphore

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methaphore

Message  tayala le Dim 1 Mar - 14:09

le voyage d'Emilie au bout du monde

un jour, qui n 'est pas lointain, je ferai le tour du monde, je verrai le bout du monde... disait-elle
assez souvent. De son projet, c'est tout ce que 1'on connaissait. Le reste, elle le gardait pour elle, c'est-à dire qu'elle cons- truisait son rêve sans mot dire. Ainsi, personne ne savait ce qui était à l'origine de son objectif et ce qu'elle espérait d'une telle aventure... Pourtant elle en parlait depuis maintenant cinq ans.
Un soir, en silence et en secret, elle quitta sa paisible maison de campagne en direction de l'aéroport où elle embar- quera sur les ailes de son rêve. A mi- chemin, un bruit sourd et inhabituel se fit entendre en provenance de lFavant de sa voiture. Le moteur de sa fidèle vieille Peugeot venait de rendre l'âme.
Notre pauvre Emilie se retrouva donc en pleine nuit, dans une région com- plètement déserte, seule avec son projet et ses rêves, incapable de communiquer son désarroi et, surtout, impuissante à atteindre l'aéroport. "Tout vient de
s 'écrouler", ragea-t-elle dans son for intérieur.
Après quelques moments de réfle- xion, elle décida d'abandonner sa voiture le long de la route et de rentrer à pied, alternative qu'elle préférait à l'inactivité, à l'attente et au froid. Trois heures de marche la séparaient de sa maison, de son jardin et de ses fleurs.
Heureusement, la nuit était éclairée par les milliers d'étoiles, ses vêtements étaient chauds et ses souliers conforta- bles. Secrètement, elle souhaitait qu'un véhicule se pointe mais rien ne vint troubler son espace, exception faite du bruit de ses pas et du léger sifflement de sa respiration. Il en fut ainsi toute la nuit.
A plusieurs reprises, elle essaya, sans succès, d'identifier le sentiment qui l'ac- compagnait dans sa marche nocturne. Or, n'ayant plus de projet ni de plaisir à
 
vivre, elle se limita à passer en revue les derniers moments de sa vie. Elle se sur- prit à prendre plaisir à remonter dans le temps, à revoir les personnes et les choses... jusqu'à sa petite enfance. Elle fit et refit ces voyages dans le temps, sous différents angles, en variant les situations, les sentiments et les émotions. Plus elle marchait, plus elle pensait... et plus elle se rapprochait de la source d'Emilie. Les sentiments, les événe- ments, les situations devenaient plus clairs... et Emilie se sentait de plus en plus confortable avec Emilie.
Enfin, elle arriva au village en même temps que la levée du jour. Elle reconnut aussitôt l'illustre habitant de la place, Jean le quêteux, assis dans le petit parc, face au lac avec lequel il semblait con- verser. Elle qui ne lui avait jamais  adressé la parole et ignorait même qu'il était aveugle, se surprit à lui demander la permission de s'asseoir, au nom de ses jambes fatiguées.
Emilie partagea avec beaucoup d'ap- pétit le pain durci de Jean le quêteux et durant plus de deux heures sut s'émer- veiller devant un homme rempli de sagesse et d'amour. Elle le quitta, en se considérant privilégiée d'avoir enfin connu l'homme qu'elle croisait depuis vingt ans.
A peine arrivée en haut de la côte, elle vit la petite école du village et les premiers élèves qui s'amusaient déjà. Elle se fit discrète lorsqu'elle s'approcha de la cour de récréation, tout en se donnant l'allure d'une dame très familière avec  cet environnement.
Assise sur un des bancs de la cour, elle observa la petite Emilie d'il y a trente et quelques années. Elle était belle, joyeuse, enjouée, espiègle. Spontanée et vraie surtout, se rappelait-elle. Elle ne la quitta pas des yeux jusqu'à ce que la jeune enfant disparaisse derrière la grosse institutrice qui invitait les
 
enfants à entrer en classe.
Elle se promit de revenir afin d'accompagner à nouveau la jeune enfant dans ses jeux et ses rires... Elle venait de réaliser qu'il lui était possible de faire revivre celle qu'elle croyait morte ou dis- parue.
Elle arriva finalement à la maison qu'elle avait abandonnée quelques dix heures plus tôt... mais qui lui paraissaient des années, tellement étaient nombreux et profonds les émotions et événements qui s'étaient succédés depuis son départ.
Incapable de pénétrer dans sa demeure puisqu'elle avait égaré ses clefs ou les avait laissées dans la voiture, elle se résigna à aller passer le temps dans son jardin, en attendant qu'une meilleure idée ne vienne la dépanner.
Assise dans sa chaise favorite, Emilie regardait le temps, qui regardait le temps qui passait. Soudain, sans savoir comment, ni pourquoi un miracle se produisit: elle se mit à observer et à apprécier ce qu'elle voyait, entendait, sentait et ressentait. Les couleurs avaient des couleurs, les senteurs dégageaient de riches parfums et les chants d'oiseaux s'harmonisaient avec le bruit du vent et des feuilles dans les arbres. Ses yeux, ses oreilles, ses sensations avaient maintenant une âme. Et les gens et les choses avaient un sens, une vie... sa vie.
La longue marche dans la nuit des temps, la rencontre avec le sage Jean le quêteux, la renaissance et la réconciliation de l'enfant en elle, firent d'Emilie un être complètement transformé.
Elle comprit pour toujours qu'elle avait du pouvoir sur le commencement et la fin de son monde, qu'elle était l'architecte de sa vie, de ses vies. Le rendez- vous manqué au bout du monde avait donné rendez-vous à Emilie, chez elle, avec elle.

tayala

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Date d'inscription : 12/04/2014

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